J'en ai besoin je le sais mais je ne vis pas très bien mon arrêt. C'est comme si je faisais quelque chose de mal alors que c'est dans mon propre intérêt que mon médecin me l'a prescrit.

J'appréhende mon RDV avec la psychologue : que va-t-elle m'apporter ? Est-ce que je suis vraiment en mode burn-out ou suis-je en train de faire la comédie comme une enfant qui a soudainement mal au ventre pour ne pas aller à l'école.

J'appréhende aussi la reprise lundi après une semaine d'arrêt. Non, je ne me sens pas prête du tout, je voudrais ne jamais y retourner...

Et puis ça y est le RDV chez la psy est arrivé...je suis bel et bien en surmenage, qui plus est dans un environnement malsain où juste le "fric" compte.

Elle m'a laissé parler pour lui dire le pourquoi de ma venue et sans même que j'en dise trop, elle a compris que j'étais sous pression, une pression de plus en plus intense que ça a fini par craquer et j'ai dégringolé...

Mon corps a appuyé sur Arrêt d'urgence car mon esprit continuait à faire ce qu'on lui demande de faire même si le coeur n'y est plus depuis plusieurs années...

Elle m'a demandé comment je me voyais dans  6 mois, j'ai répondu tout simplement "ailleurs".

Et j'ai repensé à ces phrases qui m'ont choquées, voire même blessées. Du "je vais en parler à mon cheval" à "tu marches bizarrement on dirait que tu as trop bu" (alors que j'avais un mal de crâne insupportable ; sans le doute l'un des signaux d'alarme que mon corps me lançait). A ces moments où on te gueule dessus comme un chien et la seconde d'après on devient tout mielleux parce qu'on a besoin de toi.

Je me suis habituée à mon travail, à en aimer certains aspects mais quand j'y repense, je ne m'y sens pas à ma place et j'ai peur que même si je le transpose dans un meilleur environnement, j'aurais toujours ce mal-être au fond de moi...

Et maintenant que je suis en arrêt je pense à ce que j'ai laissé en plan. Si je reviens demain, ils vont être comme aux petits soins mais je sais qu'au moment où je m'y attendrai le moins, ils vont me le renvoyer en plein dans la tête comme toujours...

Je n'ai franchement pas envie d'y retourner, j'en ai des hauts le coeur, des envies de vormir, c'est la dernière chose à laquelle je pense en tentant de m'endormir et la première qui me vient à l'esprit en me réveillant aux aurores...

Mon corps ne veut plus faire semblant, il ne veut plus rien faire...

Je suis retournée voire le doc, c'était sa remplaçante...Quand elle m'a vue et que je lui ai expliqué le pourquoi de ma venue, les yeux remplis de larmes, elle m'a prolongée de 15 jours supplémentaires et elle se demande même si cela sera suffisant. J'ai pour ordre de faire ce qui me plait et surtout de ne pas penser au travail ! Je revois mon doc le jour de la rentrée des classes pour voir si ça va mieux ou pas...

Je revois la psy en fin de semaine aussi...

Et là je pense à plus tard, je suis comme prisonnière d'un boulot qui ne me correspond pas et j'ai beau essayé de me projeter dans autre chose, je ne vois aucune issue...J'ai bien une piste mais elle me fait peur aussi : serais-je à la hauteur ? Est-ce que je vais de nouveau me planter ?

La psy me disait que ça va prendre du temps mais qu'il faudrait sans doute que j'arrête de prendre les choses comme elles viennent, que je devienne actrice de ma vie...

J'ai aussi échangé avec une ancienne collègue et désormais amie qui elle aussi est passée par là, qui a subi la pression et l'incomprehénsion de ses supérieurs suite à son arrêt. Sa grande culpabilité aussi que je ressens profondément aujourd'hui.

La remplaçante de mon doc trouve que je m'auto-flagelle, dans un sens elle a sans doute raison mais je pense sincèrement que ce mal profond est lié à cette entreprise à laquelle je n'ai jamais réellement appartenue. Je m'y sentais pas du tout à ma place quand j'y suis entrée mais avec un crédit sur le dos et aucune autre porte de sortie (je venais de donner ma démission), je n'ai pas fait la fine bouche, j'ai pris sur moi et j'ai résisté comme je pouvais pendant 9 ans...Une décennie en somme...

Sauf que voilà, mon corps a ses limites et je les ai atteints...

J'ai revu ma psy, il y a encore du boulot et clairement, je ne suis pas prête à reprendre le boulot et je ne le souhaite pas de toute façon.

J'ai aussi revu mon doc qui m'a donc prolongé pour 3 semaines : je dois absolument décrocher du boulot pour que mon arrêt soit efficace mais j'ai du mal, je pense à tout ce que j'aurai à faire en rentrant, à tout ce qu'on va me redonner petit à petit comme à chaque fois...

Et petit à petit, l'anti-dépresseur fait enfin effet car je m'endors plus facilement le soir mais toujours des réveils matinaux (genre 4h-5h du mat) et impossible de me rendormir...

Et nouvelle séance chez la psy pendant laquelle nous avons parlé de bilan de compétences, clairement ça ne peut que me faire du bien et pour une fois, aucune larme n'a coulé sur mon visage, il y a donc du mieux dans un sens.

Et puis j'ai eu des nouvelles du boulot par l'intermédiaire d'une collègue d'un autre service, des bruits de couloir suite à mes arrêts prolongés, une rupture est sur les tablettes...Je suis à la fois dégoûtée et heureuse...Dégoûtée parce qu'après 9 ans de bons et loyaux services je ne suis finalement pas grand chose ( En même temps j'ai toujours senti que j'étais le boulet de service) et heureuse ou du moins soulagée parce que je vais pouvoir me consacrer pleinement à autre chose et définitivement tourner la page...

Et pour une fois, j'ai lâché prise, j'ai laissé le xanax faire ce qu'il a à faire, m'apaiser et j'ai dormi d'une traite jusqu'à ce que le réveil sonne...

J'ai aussi commencé les démarches pour un bilan de compétences, je rencontre prochainement deux conseillers pour un premier entretien mais je pense avoir déjà fait mon choix sur celui qui m'accompagnera...

Et un autre collègue m'appelle pour prendre de mes nouvelles, confirmant les fameux de bruits de couloir mais surtout pour me dire que mon directeur est mécontent de mon silence, que je devais m'estimer heureuse qu'il me paye un mois de salaire sans rien faire...Et mon bien-être à moi il y pense, il y pense à ces cachetons que je prends tous les jours pour essayer de me sentir mieux, à toutes ses nuits pourries à cogiter sur mon avenir au sein de cette foutue entreprise ou ailleurs ?

J'aurais pu faire l'effort de me sentir mieux pour reprendre dans 2 semaines mais je n'ai même plus envie de me donner cette peine car mon collègue m'a bien fait comprendre que j'allais en baver à mon retour, qu'il allait me faire payer tout ce que je n'ai pas pu faire. Le problème c'est qu'ils n'ont toujours pas compris qu'à avoir différentes casquettes sur la tête, je ne peux pas être à deux endroits en même temps...

Bref, j'abandonne, je n'en ai plus la force...

Cela fait un peu plus d'un mois que je suis en arrêt, mes nuits sont désormais plus paisibles, j'arrive enfin à prendre le recul nécessaire pour ne pas penser au boulot. Il faut dire que les derniers évènements m'ont fait prendre conscience que je n'avais aucun intérêt à me prendre la tête avec ça surtout en ce moment !

Je ne cacherai pas que j'y pense encore certains soirs, certains matins ou même dans la journée, que je ressens à la fois de la colère et du dégoût et que pour le moment je n'ai vraiment pas envie d'avoir un quelconque contact avec ma hiérarchie.

Mais j'ai peur aussi de bientôt faire une croix sur un salaire certes plus bas que les autres mais relativement confortable, sur la voiture de fonction, sur les tickets restaurants et les chèques vacances et de me demander comment on va s'en sortir si je ne retrouve pas un boulot dans les 2 ans à venir, pour les crédits immobiliers qu'on a sur le dos, pour la vie au quotidien...

Tant de questions que je me suis prises en pleine face, à me demander si j'ai fait le bon choix de m'arrêter ce jour-là, à me demander si je n'aurais pas mieux fait d'attendre encore et encore...

Et puis j'ai pensé à comment j'en suis arrivée là, à ces faits et ces managements qui me dégoûtent tant, à cette boule au ventre à l'idée d'aller bosser, à cette reconnaissance que je n'aurai jamais...Non, ça ne pouvait plus continuer comme ça, il est grand temps que je prenne ma vie en main !

 

Cela fait 4 mois maintenant que je suis en arrêt et j'avoue être plutôt en état de stress par rapport à l'avenir. J'essaie de profiter de ce "break" pour me reconstruire, de reprendre confiance en moi et l'estime de moi-même que j'ai perdu au fil du temps (et je n'en avais déjà pas beaucoup à la base) mais y'a certains jours c'est dur...

Mais au moins aujourd'hui j'ai enfin le courage de publier ce billet écrit quelques jours après le début de mon arrêt....