Après l'euphorie il y a quelques mois,

- suite à mon licenciement après un pseudo burn-out de près de 10 mois, finalement lié à un harcèlement moral très bien déguisé
- suite aux résultats du concours CRPE plus que positif puisque j'ai obtenu le département de mon choix, dans une école berceau à 5km de chez moi
- suite à l'aval de la banque pour financer notre nouveau home sweet home

Place aux doutes et à la remise en question...

- Clairement, je ne reviendrai pas dans mon ancien travail même si mes anciens clients regrettent mon professionnalisme, mon efficacité et mon engagement dans leurs dossiers. D'autant plus que cet univers est très petit et que je n'ai aucune envie de revoir mon supérieur, ni même de le croiser dans la rue sans crainte de réveiller en moi une certaine crise de panique. Bien sûr elle est moindre qu'il y a quelques mois mais je la sens toujours présente comme si cette blessure ne s'est pas encore refermée et qu'il faudra encore quelques temps pour que cela se fasse...

- Cela fait donc 2 mois que je suis Professeure des Ecoles, que j'ai fait ma toute première rentrée pratiquement lâchée dans la Nature, à tâtonner, à tenter de trouver mes marques, à survivre et à subir surtout. Finalement à me demander si je suis au bon endroit, si j'ai fait le bon choix d'entrer dans cet autre univers bien loin de mes souvenirs d'enfants où je voulais être "Maîtresse".
Car il faut se le dire, de mon temps (et pourtant je ne pense pas être si vieille que ça, quoique lol), les "instits" étaient respectés : si on avait des lignes à faire, nos parents nous en rajoutaient ou on se prenait une soufflante en plus. Aujourd'hui, les parents montent au créneau pour demander réparation de cet outrage à leur enfant.
Il y a une bonne trentaine d'années, mes parents m'ont appris à dire "Bonjour", "Merci", "Au revoir", des simples mots que j'apprends aujourd'hui à mes enfants mais qui semble-t-il se sont perdus chez d'autres familles...Je m'étonne souvent de certains commerçants surpris que mes filles leur disent spontanément "bonjour" ou "Au revoir" mais il est vrai que même certains adultes ne vont même plus cet effort pourtant si simple et qui met du baume au coeur. Il m'arrive de sourire à de parfaits inconnus dans la rue parce que nos regards se croisent et qu'un peu de chaleur dans ce monde de brutes ça ne fait pas mal !
Bref, tout ça pour dire que quand mes petits loulous entrent dans la classe, je prends le temps de dire bonjour à chacun d'entre eux, à me mettre à leur hauteur pour qu'ils me disent un timide "Bonjour Maîtresse", pour qu'ils me fassent un tout petit sourire ou bien juste un bisou ou un câlin, leur manière à eux de me le dire.
Aujourd'hui, je pense être à ma place, dans cette école, avec mes 23 têtes blondes, à apprendre à devenir Professeure mais je reste pleine de doutes par rapport à ce cursus ESPE qui ne me semble pas du tout approprié à des lauréats comme moi qui l'avons passé en candidats libres et qui se retrouvent un peu sur le carreau quand les professeurs évoquent des cours ou des notions vues en Master 1ère année. Mais j'ai appris à voir le positif de la chose car mes 3 jours de formation me permettent d'échanger avec d'autres novices, d'acquérir une certaine posture didactique qui ne vient pas sur le coup de ces cours qui me semblent loin du terrain mais qui avec un peu de recul, prennent un peu de sens.

- Mais je dois vous l'avouer, indépendamment de la remise en question toujours bien présente (on ne se refait pas !), j'ai peur de ce qui m'attend pour ma T1 (si tout va bien). J'ai bien conscience de la chance que j'ai aujourd'hui d'être "chouchoutée", de la bienveillance de ma Directrice et collègues de l'école, de celle de ma tutrice terrain et de mon Inspectrice et Conseillère Pédagogique...
Il y a un peu plus d'un an, je m'étais inscrite au concours, juste au cas où cette voie pourrait être ma porte de sortie, pour ne pas perdre une année si c'était ce que je voulais vraiment faire. Il s'est avéré que le bilan de compétences à confirmer ce choix et que je n'avais plus qu'à aller jusqu'au bout. Mais la vérité est qu'au moment de m'inscrire j'avais longuement hésité parce que ma meilleure amie a quitté le système suite à une agression par une enfant de 11 ans, beaucoup plus corpulente qu'elle, et autres travers qu'elle a pu subir pendant sa carrière, parce qu'une autre amie est sur le point de le quitter parce qu'elle n'y retrouve aucune reconnaissante de ses pairs ou de sa hiérarchie, parce que ces faits divers font froid dans le dos aussi, le fameux  #pasdevague que j'ai découvert il y a peu en lisant le très bel article "J'ai quitté l'éducation nationale" de Maman Bavarde (Elle aussi m'avait fait hésiter alors qu'en soi, je ne la connais qu'au travers de son blog et des réseaux sociaux) mais j'ai voulu tenter, aller au bout des choses, me sentir capable de réussir quelque chose alors que j'avais l'impression de n'être qu'une moins que rien, rabaissée dans mon fort intérieur dans un domaine qui n'était pas du tout le mien.

Obtenir le concours du premier coup a été ma vengeance sur ma fragilité psychique de ces derniers mois, sur mon échec au concours Médecine il y a presque 20 ans, de prouver et me prouver surtout que j'en étais capable, de retrouver cette fierté qui m'avait quelque peu quittée.

Aujourd'hui, je suis toujours pleine de doutes mais je vais me laisser le temps de prendre mes marques et finalement trouver ma place ou pas...

photo classe